L'Aérophile - octobre 1933

L'INAUGURATION DU MONUMENT COMMÉMORAT1F DE LA PERTE DU R.1O1


Le dimanche 1er octobre a eu lieu à Allonne, près de Beauvais, l'inauguration du monument élevé à frais communs par la Grande-Bretagne et la France pour commémorer le souvenir des quarante-huit victimes de la catastrophe du dirigeable anglais R. 101 (5 octobre 1930. Le monument, d'une inspiration à la fois très simple et très éloquente, est l'œuvre de M. A. Bray, architecte en chef des monuments historiques. Il a été construit en bordure de la route nationale n° 1 de Paris à Calais. Le lieu même de l'accident, distant d'environ 600 mètres, est indiqué, à la lisière d'un petit bois, par une borne plantée au milieu des champs.
La cérémonie a été l'occasion d'une brillante et émouvante manifestation de l'amitié franco-britannique. Non seulement les survivants de la catastrophe et un grand nombre de parents des victimes s'étaient rendus à Allonne, mais encore le chef du gouvernement britannique, M. Ramsay Mac Donald, et le ministre de l'Air, Lord Londonderry, y vinrent également, faisant route par la voie des airs et accompagnés d'un imposant état-major de hauts fonctionnaires et officiers britanniques: l'Air-marshal H. G. T. Dowding, sir Christopher Bullock, secrétaire général de l'Air ministry, le Colonel Shelmardine, directeur de l'aéronautique civile, sir Henry Mac Anally, M. Reynolds, le commandant Nixon.
Le Premier ministre, le ministre de l'Air et leur suite furent reçus à leur descente d'avion, sur l'aérodrome de Beauvais, par M. E. Daladier, président du Conseil; M. Pierre Cot, ministre de l'Air; M. Laurent-Eynac, ministre des P. T. T.; Lord Tyrell, Ambassadeur de Grande-Bretagne; MM. Harvey, Peake, Roberts, secrétaires à l'ambassade britannique; le colonel Bône, attaché de l'Air britannique; M. Lebeau, préfet de l'Oise; M. Joly, maire de Beauvais; les sénateurs et députés de l'Oise, les généraux Barbayrac de Saint-Maurice, commandant le 2" Corps; Barès, Denain, de Goys, de l'armée de l'Air; M. Clapier, directeur du cabinet du président du Conseil; M. Bairet, du cabinet de M. Laurent-Eynac; M. Léon Jacob, du ministère de l'Air; M. Petitjean, secrétaire général de la Préfecture; M. Sisteron, contrôleur général de la Sûreté générale, etc., etc...
Le monument en construction

De nombreuses et magnifiques couronnes avaient été déposées au pied du cénotaphe, notamment celles du gouvernement britannique, de M. Ramsay Mac Donald, de Lord Londonderry, du conseil de l'Air britannique, du gouvernement français, du ministère de l'Ail français, du préfet et du conseil général de l'Oise, de la ville de Beauvais, des constructeurs anglais de matériel aéronautique, du Souvenir français, de la Compagnie Air-France, etc., etc...
D'émouvants discours furent prononcés, d'abord par M. Ballon, maire d'Allonne, puis par M. Daladier et par M. Ramsay Mac Donald. Tous trois célébrèrent l'amitié franco-britannique. M. Daladier, avec une rare hauteur de vues, situa la tragique aventure du R. 101 dans un saisissant raccourci de l'histoire de la grandeur britannique et ajouta:
La France n'a pas en elle de ces forces d'indifférence qui permettent de rester insensible aux souffrances des hommes. Toute notre histoire, toute notre civilisation, toute une lente conquête, dans laquelle la raison et le sentiment ont eu leur part, ont confirmé le plus humble des Français dans l'idée que l'homme n'est jamais un étranger pour l'homme. Est-il besoin de rappeler aussi que nous ne pouvions oublier, alors, que nos deux pays ont partagé bien des souffrances, ont mis en commun bien des deuils, bien des larmes, et aussi bien de nobles espoirs?
M. Ramsay Mac Donald remercia en termes aussi élevés tous ceux qui avaient contribué à l'organisation de la cérémonie.
Un défilé des troupes de la garnison de Beauvais et d'un détachement du régiment d'aérostiers de Compiègne, suivi lui-même du défilé aérien de trois escadrilles françaises et d'une escadrille militaire britannique, termina la cérémonie. L. J.