L'Aérophile - octobre 1930

L'inauguration du monument Ader


M. Laurent Eynac était allé à Muret en 1924, apportant à Clément Ader, avec l'hommage du gouvernement français, la cravate de commandeur de la Légion d'honneur. Il y est revenu, comme ministre de l'Air, le 21 septembre dei nier, pour la dernière journée des fêtes organisées par la municipalité en l'honneur de son illustre enfant. Désormais, à Muret, un square " Clément Ader " symbolisera le souvenir, la destinée et l'action du grand précurseur. On y accède par des avenues qui portent les noms de Blériot, Garros, Nungesser et Coli, Lindbergh et Costes. Au centre, un immense monument, œuvre du sculpteur Landowski, figure Ader étudiant le vol des cigognes.
M. Laurent Eynac, accompagné du contre-amiral Esteva, sous-chef d'Etat-Major des Forces Aériennes, est arrivé à Muret à 10 heures. Il y fut reçu par M. Vincent Auriol, député et maire de Muret, assisté de M. Fernand Bouisson, président de la Chambre des députés, et du général Barès, inspecteur général de l'Aéronautique. On remarquait également M. Guillon, préfet de la Haute-Garonne, le général Maître, commandant la région, ainsi que M. Louis Blériot.
Lorsque la Marseillaise et l'Hymne de l'Air, de M. Kunc eurent été joués par la Garde Républicaine, MJM. Vincent Auriol et Laurent Eynac prirent successivement la parole. Voici quelques passages du discours du ministre de l'Air:
L'aviation est née chez nous dans un pré de l'Ile-de-France étroitement clos aux regards. C'est le cerveau obstiné d'un enfant du Languedoc qui a conçu, engendré l'avion. Il a fabriqué de toutes pièces la machine après lui avoir donné le nom ailé qu'elle a gardé. C'est sa poigne vigoureuse qui a tenu les premières commandes du plus lourd que l'air. Son œuvre écrite enfin continue de nous proposer un programme d'une actualité péremptoire, car la vision de l'avenir de l'aviation, Ader la portait en lui comme son cœur dans la poitrine.
Ses petits livres, fragments de sa pensée, de sa correspondance, de ses discussions passionnées avec les bureaux officiels, son vaste ouvrage surtout, antérieur à la guerre, sur l'aviation militaire décrivent avec le plus surprenant don de prescience l'aviation telle que nous l'avons vécue depuis une vingtaine d'années.
Inauguration du monument

Et dans la plupart des chapitres, l'œuvre va plus vite que les faits et continue d'être une anticipation où la raison le dispute à l'audace. Elle nous répond du succès promis à notre persévérant effort.
Plus que jamais, l'aviation française sent son âme battre à l'unisson de ce lucide génie d'Ader, au lendemain d'une victoire aérienne sans égale.
" De clocher en clocher ", disaient nos premiers pilotes.
" De continent à continent ", affirment aujourd'hui Costes et Bellonte, dont l'exploit radieux illuminera toujours notre histoire.
Mme Nungesser avait envoyé, jointe à sa cotisation personnelle, une lettre émouvante qui fut lue par M. Vincent Auriol.
La cérémonie se continua par l'apposition d'une palme sur la maison natale de Clément Ader, et la visite du musée consacré aux souvenirs de l'Eole et de l'Avion. Les personnalités présentes signèrent ensuite le Livre d'or de la Sous-Préfecture.
Après le banquet présidé par M. Laurent Eynac, la fête s'acheva par un festival de musique, puis de gymnastique et un feu d'artifice.
De nombreux avions appartenant au Centre de Pau participèrent à cette commémoration, en survolant le monument au cours d'un impressionnant défilé. Une escadrille venue de Grenade, sous le commandement de l'as Llorente, apporta l'hommage du gouvernement espagnol.