La Revue Aérienne - n° 50 - 10 novembre 1910

Le capitaine Madiot.
La mort imprévue du capitaine Madiot a eu un retentissement considérable, en raison de la notoriété de la malheureuse victime, un des meilleurs ouvriers de la science nouvelle.
Le capitaine Madiot réceptionnait, sur l'aérodrome de La Brayelle, prés de Douai, un aéroplane récemment acheté par le ministère de la Guerre. Il connaissait cet appareil pour y avoir effectué de longues sorties pendant les grandes manoeuvres de Picardie, sous la conduite de l'inventeur Louis Breguet, mais il ne l'avait pas encore piloté lui-même Le 23 octobre, le constructeur l'emmena à diverses reprises dans les airs, en même temps que l'aviateur Weymann, puis, l'appareil se comportant admirablement, le lui confia pour une sortie seul. Le capitaine Madiot vola tout d'abord superbement à une hauteur de 100 mètres. Il allait atterrir, lorsque tout à coup on vit l'appareil piquer vers le sol où son moteur vint se planter dans un fracas de bois brisé. Le capitaine Madiot fut relevé inanimé. Il était mort sur le coup.
L'enquête sur les causes de l'accident, menée par ordre du ministre de la Guerre établit que le malheureux officier avait sur la tète un casque nouveau qui devait le gêner. Par suite du courant d'air, qui, provoqué par l'hélice s'engouffrait sous ce casque.
Le capitaine Madiot devait avoir le cou bridé très fortement; il voulut alors se débarrasser de sa coiffure gênante, et comme il ne pouvait dénouer la bride, il fit un effort pour arracher son casque. Un cultivateur de Brébières a parfaitement vu en effet tomber de l'appareil, avant la chute de celui-ci, le casque qui d'ailleurs a été retrouvé à 15 mètres du lieu de l'accident, la bride intacte et non dénouée. Ces efforts du capitaine Madiot avaient amené celui-ci, qui n'était pas, selon son habitude, arc-bouté suffisamment sur les jambes, hors de son siège. Voulant se relever, l'officier, qui avait dû perdre complètement son sang-froid, s'appuya sur son volant, provoquant ainsi une descente brusque du biplan qui perdit bientôt tout équilibre et piqua de l'avant.
Le capitaine Madiot était l'inventeur d'un train de cerfs-volants qu'il avait construit, de ses propres deniers et qu'il expérimenta avec succès lors du meeting de Champagne de cette année. Il remporta à ce moment le deuxième prix des cerfs-volants montés, le premier ayant été gagné par un appareil du capitaine Acconey. L'infortuné aviateur était âgé de 46 ans.
On a rapproché cette mort de celle du capitaine Ferber, tué treize mois plus tôt lors qu'il effectuait des expériences dans la plaine de Benvrequen, près de Boulogne. L'un et l'autre étaient des théoriciens, dont les travaux, à des titres divers, ont été précieux pour l'aéronautique. Mais le capitaine Madiot est le premier officier aviateur français tué en service commandé.
Sans doute il conviendrait, pour le bien de la science aéronautique, de ne point risquer la vie des créateurs de l'aviation dans des réceptions d'appareils. L'existence des hommes de lu science de l'air nous est doublement précieuse. Il est indispensable de distinguer nettement les attributions de l'inventeur de celles du pilote.

La Revue Aérienne n° 87 - 25 mai 1912

A la mémoire du capitaine Madiot. — Les officiers du centre d'aviation de La Brayelle et M. Hénin, vice-consul de Belgique à Douai. viennent de faire élever un monument à la mémoire du capitaine Madiot qui fit une chute mortelle d'aéroplane, le dimanche 23 octobre 1910, à quelques centaines de mètres de Brebières, village des environs de Douai.
Le monument, une pyramide de grès, qui repose sur un soubassement en briques, entouré d'une grille en fer forgé, s'élève à l'endroit même où le capitaine Madiot trouva la mort. Sur l'une des faces est gravée l'inscription suivante :
Ici, le 23 octobre 1910, le capitaine L.-G. Madiot trouva la mort dans une chute d'aéroplane. Victime de la science. — Mort pour la patrie, 1867-1910.
Au-dessus de cette inscription se trouvent la photographie, en médaillon, de l'officier aviateur et l'insigne de la Ligue nationale aérienne.
A.DUBRULLE

La Revue Aérienne n° 88 - 10 juin 1912

La section douaisienne de la Ligue Nationale Aérienne a participé à l'érection, à Brebières, d'une stèle commémorative du capitaine Madiot, tué en aéroplane sur l'aérodrome de La Brayelle, le 23 octobre 1910.