L'Aérophile - mai 1925

LES OBSÈQUES DE CLÉMENT ADER


Clément Ader est mort à Toulouse le dimanche 3 mai. Il était entré peu de jours auparavant dans une clinique de bette ville et avait eu là douleur de perdre sa femme le mardi 21 avril.
En l'absence du Parlement, le gouvernement ne pouvait, au créateur de l'avion, assurer des obsèques, nationales" lesquelles nécessitent le vote d'une loi. Mais il a tenu à rendre à cet admirable français, le plus large hommage et décidé que les funérailles seraient célébrées aux frais de l'Etat.
Le mercredi 6 mai, M. Laurent Eynac, sous-secrétaire d'Etat à l'Aéronautique, accompagné de MM, Segond, préfet, de Haute-Garonne, Cayol, sous-préfet de Muret, du général Brémont, représentant le ministre de la guerre, pénétraient dans la villa Labourdette, résidence d'Ader s'inclinaient devant le cercueil recouvert d'un drap tricolore, et présentaient leurs condoléances à M. et Mme de Manthé, gendre et fille de Clément Ader : M. Cayol faisait cette démarche au nom du Président de la République, qui l'en avait spécialement chargé.
Un long cortège se rendait à l'église, d'abord, au cimetière ensuite : ce pendant, trois avions Latécoère laissaient tomber des fleurs.
Devant la bière, sur laquelle était posée une palme envoyée par le gouvernement, plusieurs, discours furent prononcés. M. Nougaro, maire de Muret, traduit la fierté de la ville et sa tristesse, et réclame une statue d'Ader pour Muret. M. Couttet parle au nom de la presse toulousaine.
M. Robert Esnault-Pelterie, président de la Société des savants et inventeurs de France, exalte la grandeur du caractère du glorieux créateur de l'avion.
Il le montre supportant toutes les injustices, subissant tous les revers sans un mot d'amertume ou de récriminations. Continuateur d'Ader, M. Rob. Esnault-Pelterie termine avec une émotion telle que sa gorge en est contractée.
Au nom de l'Aéro-Club de France, de la Ligue Aéronautique et de la Fédération Internationale, qui groupe vingt-sept nations, le comte Henry de La Vaulx exprime éloquemment la reconnaissante admiration du monde aérien.
M. Honoré Leygues, ancien ministre, ancien sénateur, apporte les condoléances du département.
Représentant des parlementaires, M. Vincent Auriol, en termes d'une rare élévation de pensée et d'une beauté de forme admirable, montre Ader travaillant pour la France et pour l'humanité.
Enfin, M. Laurent Eynac rappelant que les obsèques sont assurées par l'Etat, déclare que c'est là un témoignage de reconnaissance infinie du pays. Il retrace la vie d'Ader encadrée par ces deux dates tragiques : 1870-1914, annonce à nouveau qu'une stèle sera élevée à Satory au point où Ader quitta le sol en octobre 1897, et termine en disant qu'Ader, selon le mot antique, laisse sa patrie non amoindrie, mais agrandie et ennoblie.
Ader repose auprès de sa chère compagne. Et les trois couleurs vêtent sa mortelle dépouille.