L'Air n° 577 juillet 1946

MAURICE ARNOUX
RICHE NATURE ET FIER CARACTÈRE


Le 6 juin 1940, aux environs du village d'Angivilliers, aux confins de la Somme et de l'Oise, la bataille fait rage sur la terre et dans les airs.
A la bombe, à la mitrailleuse, les avions à croix gammée, dont la supériorité numérique est écrasante, se. livrent à leur travail de destruction sans qu'on leur dispute le ciel qu'ils sillonnent en tous sens.
Soudain, on entend tout proche le vacarme d'un moteur. Un Messerschmitt surgit des nuages, à basse altitude, poursuivi par un chasseur à cocardes tricolores. C'est le Morane du commandant Maurice Arnoux.
En pleine débâcle, ce vétéran de 45 ans ne cède pas au découragement : dès qu'il voit un ennemi à sa portée, il l'attaque furieusement.
As de l'autre guerre où il abattit cinq avions, c'est peut-être notre pilote de chasse le plus expérimenté. Il sait que des escadrilles de rapaces ennemis rôdent dans ces parages, il sait que tous vont se liguer contre lui et qu'il succombera sous le nombre, mais cela ne saurait le détourner de ses projets. Arnoux qui avait pour mission de protéger une escadrille de Breguet s'est " accroché " avec un Messerschmitt, il s'est juré de l'avoir, envers et contre tous.
L'adversaire, cependant, ne manque pas d'habileté. On le voit bien lorsque après une preste dérobade, il revient l'attaquer à son tour.
Les témoins assistent alors au tournoi de deux- aigles qui les tient haletants.
Une brusque montée en chandelle rétablit les chances d'Arnoux qui, de nouveau, reprend l'ascendant sur son rival. Les nôtres pressentent sa victoire mais six avions fondent sur le français pour lui arracher sa proie. Ils l'assaillent et l'un d'eux atteint son appareil dans les empennages.
Arnoux, blessé, on le suppose, abandonne la lutte.
Pallier par pallier, il perd de l'altitude et s'efforce d'amener au sol son avion désemparé que prolonge une traînée de fumée noire.
Les commandes ne répondent plus à la volonté du pilote dont on devine les efforts désespérés.
Il tente de se poser sur la route qui relie Angivilliers et Pronleroy, mais heurte rudement le sommet d'un champ de blé en pente et ricoche au-dessus de son objectif.
Arnoux lutte encore, il remet les gaz. Soudain, on a l'impression que le pilote terrassé par la fatigue vient de perdre connaissance. L'appareil, livré à son seul caprice fait un demi-tonneau, une abattée, puis, s'écrase dans un champ de blé où il prend feu aussitôt.
Ainsi mourut un des aviateurs les plus brillants, les plus complets qui ait illustré les ailes françaises.
Qu'on en juge.
1914. - Maurice Arnoux s'engage dans l'infanterie. Déclaré inapte, il parvient à se faire accepter dans l'aviation.
On l'affecte au deuxième groupe à Bron. Au début de mars 1915, Arnoux est volontaire pour aller en Serbie.
Versé à l'escadrille M.F. 99, il devient conducteur-mécanicien du célèbre Louis Paulhan qui a grade de capitaine.
Il a ainsi, l'occasion pendant la retraite des" armées alliées en Serbie, d'effectuer plusieurs actions d'éclat.
Il parvient, entre autres exploits, à mettre hors d'état tous les moteurs d'un groupe de tracteurs et incendie un dépôt d'essence. La récompense en est la médaille serbe des " vertus militaires ".
Revenu en France, Arnoux fait enfin ses classes de pilote-aviateur à Etampes, à Avord et à Château-roux, après quoi il est dirigé sur Verdun. Pour qui aime le baroud, on ne saurait mieux tomber. Durant cinq mois Arnoux sert dans l'aviation d'infanterie. Il s'y prodigue, acceptant avec bonne humeur et, le plus souvent, avec enthousiasme, les missions les plus hardies, les plus ingrates. A l'armistice, notre pilote qui comptait cinq avions abattus était titulaire de huit citations dont une à l'ordre du corps d'armée.
En outre, on l'avait décoré de la Légion d'honneur.

Rendu à la vie civile, notre héros, ancien élève de l'école d'électricité et de mécanique industrielle, se mit au travail avec son énergie coutumière et s'assura dans l'industrie une situation enviable. Entre-temps il s'adonna, cédant à son caractère fougueux, à l'aviation de compétition. Surpasser les autres, se surpasser soi-même, telle était sa hantise.
Il remporta de si nombreux succès dans les épreuves de vitesse où il éclipsa parfois tous les champions étrangers, que nous ne pourrons rappeler que ses principaux records à la fin de cet article.
Lorsque éclata la guerre de 1939, Maurice Arnoux était commandant d'aviation de réserve.
Il pouvait, en raison de son âge être affecté à une formation sédentaire, mais son ambition était, toute autre. Ce qu'il voulait, c'était servir.
Il se fit donc enrôler au groupe de chasse 3/7 du commandant de Crémont. Ainsi reprit-il les airs sur un avion, portant comme insigne une Furie inspirée de Michel-Ange.
Arnoux fut abattu et blessé le 10 mai, premier jour tragique de l'offensive allemande.
Son ardeur n'en fut nullement attiédie, il porta des coups terribles à l'ennemi et eut l'honneur d'être cité deux fois à l'ordre de l'armée. Sa "dernière citation, la onzième lui fut attribuée à titre posthume.
Maurice Arnoux était une force de la nature, puissant, sanguin, impulsif, mais aussi un homme de bon sens, excellent administrateur de ses affaires et de celles des autres. Il avait succédé à son père à la tête de la municipalité de Chamarande. Nul n'était plus généreux, plus cordial.
On s'attachait à lui dès qu'on l'avait connu. Un magnifique type de français qui savourait la vie et n'avait pour la mort qu'un dédain absolu.
18 décembre 1937, record d'altitude pour appareils de la 2e catégorie, 4 1. à 6 1. 5 (6.827 mètres).
27 décembre 1937, bat ce même record (7.463 mètres).
27 décembre 1937, record de vitesse sur 100 km. pour avions de la 1ere catégorie 6 1.5 à. 9 1. (331 km. 636).
30 décembre 1937, record de vitesse sur 100 km. pour avions de la 1ere catégorie 6 1. 5 à 9 1. (343 km. 231).
A battu trois records internationaux les 1er et 23 octobre 1938 : vitesse sur 100 km. 372 km. 979, vitesse sur 1.000 km., 319 km. 534, vitesse sur 2.000 km., 317 km. 779.
Gagnant de la Coupe Zénith-Orly-Marseille-Orly.
Titulaire de la médaille d'or de l'Aéro-club de France.

Bernard BUSSON.