L'Aérophile - novembre 1924

Ceux qui disparaissent.

Une brève nouvelle nous a appris, dans les grands journaux, la mort de Madon, tombé le 11 novembre, jour de l'inauguration du monument Rolland Garros à Bizerte, en voulant éviter la foule au cours d'une manœuvre près du sol où son moteur l'avait lâché. Ainsi Madon jusqu'au dernier moment aura donné la mesure de son héroïsme en préférant se sacrifier.
Né à Bizerte, le 28 juillet 1892, Madon avait passé en 1911 son brevet de pilote ; il s'était engagé en 1912, et était caporal pilote au moment de la déclaration de guerre. Après s'être spécialisé dans les réglages d'artillerie, il fut chargé de bombardements de nuit. Au cours de l'un d'eux, s'étant égaré, il atterrit en Suisse où il fut interné, mais il parvint à s'évader et entra alors dans la chasse où il se distingua et devint un de nos as les plus brillants. Il comptait 42 avions ennemis officiellement abattus et sa croix de guerre était ornée de 20 palmes.
Après la guerre, il prenait un congé et à la Coupe Deutsch 1922, il pilotait un appareil de course sans queue avec lequel il eut un petit accident. En juillet 1923, il partait avec l'escadrille Bapt pour un voyage autour du monde qui devait se terminer par l'accident douloureux de Picard. En juillet 1923, Madon avait obtenu sa réintégration dans l'armée avec son grade de capitaine et avait été affecté au régiment de Tunis.
Ses obsèques ont eu lieu à Tunis aux frais de l'Etat et elles furent grandioses. La population est venue en foule, rendre un juste hommage à son héroïque compatriote.
C'est avec une profonde émotion que nous saluons ici la mémoire de Madon, une des gloires les plus pures de notre aviation. Pour célébrer un tel homme les mots sont inutiles ; sa carrière toute d'activité, de courage et de simplicité parle mieux que nous ne saurions le faire.