Le temps - n° 18189 - Mercredi 19 avril 1911

Chute mortelle d'un officier aviateur

Le sort se montre cruel pour l'aéronautique militaire française. Dans le rang de nos officiers aviateurs qui auront à accompagner demain le corps de leur infortuné camarade, le lieutenant de vaisseau Byasson, la mort a frappé à nouveau ce matin ; le capitaine Tarron, officier du génie, a fait, à l'arrivée d'une excursion, une chute mortelle dur l'aérodrome de Villacoublay près de Versailles.
Le capitaine Tarron, qui depuis quelques jours était à Orléans, avait quitté cette ville ce matin dès l'aube pour rallier le camp d'aviation de Villacoublay. Il pilotait un biplan du type militaire. Le voyage s'effectua sans que rien ne fut venu entraver la bonne marche de l'officier aviateur. A six h. 40, le capitaine Tarron arrivait en vue des hangars situés sur le camp d'aviation. Rapidement, à une altitude de 80 mètres, il volait vers ces hangars et n'en était plus séparé que par une distance d'environ 500 mètres, quand, subitement son appareil tangua, pointa de l'avant vers la terre, capota et vint se broyer sur te terrain de l'aérodrome.
Le capitaine Tarron fut tué sur le coup. Suivant un des rares témoins de sa chute, son corps fut projeté à vingt mètres de l'endroit où s'écrasa le biplan, tomba droit sur les jambes, puis rebondissant, retomba sur le crâne, qui fut fracassé. Nous ne donnons, que pour témoigner de la violence du choc, ce détail affreux : un os de la jambe droite avait perforé la poitrine du malheureux pilote. Le corps fut immédiatement relevé par les témoins de l'accident, placé sur une civière et transporté dans un hangar proche.
La version fournie par les témoins de l'accident, et suivant laquelle l'appareil du malheureux officier aurait été pris dans un remous aérien, apparaît comme étant la plus vraisemblable. Cet accident mortel serait dans ce cas une répétition de celui survenu au lieutenant Byasson, et que l'on attribue à des remous causés par des vagues d'air chaud.