La Revue Aérienne n° 24 - 10 octobre 1909.

La Catastrophe de "LA RÉPUBLIQUE"

Décrit en détail par tous les journaux du monde entier, l'accident qui a détruit la République demeurera un événement mémorable dans l'histoire de l'aéronautique. Le 25 septembre, les manœuvres terminées, la République quittait son hangar de La Palisse, en route pour Paris. L'équipage comprenait le capitaine Marchal, le lieutenant Chauré, les adjudants Réau et Vincenot. A 8 h .30, la République surplombait Moulins et piquait franchement vers le Nord. A 8 kilomètres de la ville, près du château d'Avrilly on vit tout à coup le ballon hésiter dans sa marche, se vider avec une rapidité inquiétante, et, finalement, éventré a moitié, s'effondrer a terre, Quand les paysans des environs arrivèrent sur le lieu du désastre, sous les débris de la nacelle et à peu près recouverts par l'enveloppe tombée sur eux, ils aperçurent quatre cadavres. L'équipage avait été tué raide, dans celle chute effroyable de deux cents mètres environ. En quelques minutes, de tous les points de l'horizon, convergèrent un grand nombre de touristes, qui s'efforçaient de suivre en automobile les évolutions de l'aérostat.
Ce jour même, à 10 heures, le Président Fallières inaugurait le Salon de l'aéronautique, et c'est au moment même ou il faisait son entrée sons la nef triomphale du Grand Palais, que le sinistre message de mort secouait d'horreur les premières personnes averties par télégramme. A Paris, l'émotion fut extraordinaire, les éditions spéciales se suivirent toute la journée sans interruption, et c'est au milieu d'une consternation nationale que s'ouvrit la première Exposition aérienne.
D'après les renseignements parvenus, il apparaissait que l'accident était imputable à la rupture d'une pale de l'hélice gauche, laquelle, subitement brisée au ras du bras qui la portait, avait été projetée, avec une vitesse d'au moins cinquante mètres par seconde, contre l'enveloppe du ballon. Celle-ci fut perforée aussitôt et il se produisit ainsi une plaie béante, que la pression intérieure agrandit rapidement et qui détermina la catastrophe.
Moulins, le 27, Versailles, le 28 septembre, firent aux victimes de la République les funérailles qu'elles méritaient. Ce fut, dans chacune des deux villes, un deuil public auquel la population s'associa avec un admirable élan. Le gouvernement donna à la cérémonie de Versailles un caractère plus solennel encore en y déléguant, pour le représenter, le général Brun, ministre de la guerre, MM. Briand et Millerand. L'absoute fut donnée à la cathédrale par l'évêque de Versailles, Monseigneur Gibier. A la suite de cet accident, MM. Lebaudy frères uni pris l'initiative d'offrir à l'Etat, pour remplacer le ballon détruit si tragiquement, un nouveau dirigeable construit par leurs soins. De leur coté, les usines Panhard et Levassor se sont offertes à fournir gratuitement le moteur qui actionnera le nouveau ballon.
Dès le lendemain de la perte de la République, le journal le Temps, sollicité par ses lecteurs, ouvrait une souscription publique au profit de la flotte aérienne militaire. Les sommes recueillies dépassent à ce jour 300 000 francs.
Enfin M. Spiess, inventeur d'un dirigeable rigide, dont le brevet a été déposé il y a une vingtaine d'années, a offert à l'Etat un ballon de 7000 mètres cubes dont le modèle est actuellement exposé au Grand Palais.
Pour l'examen des diverses propositions qui ont été faites, le gouvernement a nommé une commission. L'émotion soulevée dans le pays par la perte de la République a trouvé écho dans un grand nombre d'articles émanant de plumes autorisées. Le commandant Renard, entre autres, a résumé dans une étude récemment publiée par l'Opinion, les dangers qui résultent pour un dirigeable du modèle français de l'absence de cloisonnement. Espérons que cette question, qui est absolument vitale pour la puissance aérienne du pays, sera élucidée à bref délai et que la réorganisation de nos services aéronautiques militaires, réclamée par le commandant Renard, sera bientôt un fait accompli.