L'Aérophile - 15 Octobre 1931

Pour le record du monde de distance


Le 11 septembre, deux équipages quittaient le Bourget pour tenter de battre le reperd du monde de distance en ligne droite dont le palmarès français est privé depuis peu. A six heures, le Dewoitine « Trait d'union » s'arrachait du sol, piloté par Doret qu'accompagnaient Le Brix et Mesmin. A 6 heures 16 c'était le tour du « Point d'Interrogation » aux mains de Codos et Robida; le vol de ces derniers devait être de courte durée, car des ennuis de moteur les obligeaient d'atterrir en Allemagne, près de la frontière hollandaise aux environs de Geldern.
La tentative de Doret et Le Brix en direction du Japon, par contre, se poursuivit normalement; le « Trait d'union » était signalé successivement à Bruxelles, Koenigsberg, Kowno, Moscou, Nijni Novgorod, puis ce fut le silence interrompu tragiquement par une dépêche du chargé d'affaires de France à Moscou.
Le 12 septembre, vers 8 heures 30, le « Trait d'union » s'était abattu près de Oufa en Russie. Seul Doret avait pu faire usage de son parachute, Le Brix et Mesmin avaient été tués dans le choc. Des dépêches brèves firent connaître peu à peu les circonstances de l'accident, arrêt du moteur, probablement par difficultés d'alimentation, pendant que l'appareil avait à lutter contre de mauvaises conditions atmosphériques.
Renouvelant un acte de dévouement qu'il avait déjà accompli en Afrique, le vicomte de Sibour gagnait Oufa par la voie des airs à bord de son Farman «Titan», afin de prêter aide à Doret. Le ministère de l'Air a envoyé sur les lieux de l'accident une commission d'enquête.
Les obsèques de Le Brix et de Mesmin furent célébrées à Notre-Dame par Mgr. Verdier; le gouvernement était représenté par le ministre de l'Air; deux discours furent prononcés par MM. Rodolphe Soreau et J.-L. Dumesnil.
Cette conclusion tragique des efforts persévérants de l'équipage contre la mauvaise fortune et de l'aide sans défaillance d'un mécène est particulièrement pénible.

Joseph Le Brix, né à Baden (Morbihan) le 2 février 1899, est sorti de l'Ecole navale en 1919. Il prit part à la campagne du Maroc, puis fut breveté pilote en 1927. Il devint célèbre à la suite de son tour du monde effectué en qualité de navigateur de Costes. Attaché en qualité de pilote à une entreprise industrielle, c'est lui-même qui avait préparé ce dernier raid entrepris sur l'initiative et avec l'aide financière de M. François Coty. Le Brix était lieutenant de vaisseau de réserve et officier de la Légion d'honneur.

René Mesmin, né le 9 mars 1897 à Villiers-auBois (Haute-Marne), avait appartenu, pendant la guerre, à l'escadrille 57 qui était commandée par le colonel Duseigneur.
Excellent professionnel, spécialisé dans la préparation de moteurs de raid aux usines Hispano Suiza, il entra dernièrement chez Dewoitine pour la mise au point du moteur du « Trait d'Union ».