L'aéronautique - n° 149 - octobre 1931

Le drame du « Trait-d'Union II » et le Ministère de l'Air


Avant même que notre dernier numéro mît sous les yeux de nos lecteurs les images du « Trait-d'Union I» se brisant dans la forêt sibérienne, Doret, Le Brix et Mesmin repartaient du Bourget, le 11 septembre, à bord du second Dewoitine D.33 baptisé « Trait-d'Union II »; 92 heures plus tard, pour une cause encore inconnue, l'avion tombait avant l'Oural, non loin d'Oufa. Le Brix et Mesmin n'avaient pas même le temps de sauter; leurs corps restaient pris sous les débris épars de l'appareil. Doret, sauvé par son parachute, était indemne.
La qualité des victimes, l'importance donnée au voyage par la publicité de l'Ami du peuple, certaines maladresses d'expression des collaborateurs de M. Coty et de M. Coty lui-même - qui patronnait le raid - ont déterminé des polémiques de presse, assez mal informées comme à l'ordinaire.
Le seul point obscur, s'il s'agit de responsabilités, ne peut être élucidé que par le Ministre de l'Air. Nous avons dit ici, il y a trois mois, comment l'Administration de l'Aéronautique s'était effacée devant M. Coty, lui laissant la disposition du premier Dewoitine D.33, indiscutablement commandé par elle et pour elle longtemps avant que M. Coty soupçonnât l'existence de l'avion.
En même temps nous rendions publique la décision de la Direction Générale Technique au Ministère de l'Air - décision que nous connaissions par cette Direction elle même - de consacrer le second exemplaire du D.33 à une série d'essais techniques, comportant notamment l'emploi, sur ce monoplan métallique de grand allongement, à longeron unique, de moteurs de 1000 HP.
Cependant, deux heures après que fut connu l'accident du « Trait-d'Union I», le 14 juillet dernier, l'Ami. du peuple du soir annonçait que les précautions de M. Coty avaient été bien prises, l'échec possible prévu et qu'un second appareil - en tous points semblable - était à la disposition de l'équipage, si celui-ci était en état de reprendre bientôt le départ.
De fait, et sans que personne ait rien dit des négociations qui ont pu aboutir à ce résultat, le D.33 destiné par le Ministère de l'Air à des essais techniques était bientôt mis à la disposition de M. Coty. C'est cette décision, bien plus et bien plus tôt que celle du départ, qui est - historiquement parlant - à l'origine de la catastrophe.